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Calligraphic graffiti has succeeded in breaking free from the walls to float freely in space. They are not texts. Nor are they logos. More like… cranes, swordfish, whale baleen, whiptail stingrays? Or rather kites or Chinese lanterns ? Ji-Yun’s multi-form objects provoke us into a free association mode. Prior knowledge is certainly required before some elements can be recognised as deriving from the human body (or parts thereof).

Ji-Yun (1981, Masan, South Korea) draws/paints, takes photos, creates installations and gives performances. Although she has been living in France for quite some time, she has never been disloyal to her eastern roots. The fragile, drawn-upon rice paper, the lantern-like constructions, and also the underlying philosophy. Her grandfather a calligrapher, once said that everything you look for can be found on a blank sheet of paper. These words of wisdom can be interpreted in a number of ways. You are the one who decides how the page becomes ‘un-emptied’, or, according to Ji-Yun : the white sheet forces her into introspection. Black and White feature prominently in the results of her  dialogue intérieure, with the underlying choice of subject bearing a strong personality. While growing up as a child of a surgeon, the hospital was for her a living anatomical picture book. In that time, she ‘neutralised’ patients into distant bodies, objects without a soul. The body as a whole, the individual limbs and organs, continue to this day to from the basis for her reconstructed, hybrid objects.

Over the year, Ji-Yun’s photos have become more abstract, partly through the focus on details. Colour steps aside for corroded black and white. The stylised character of the photos approaches that of her drawings, which are in line with the Korean principles. Compared with Western paintings, these leave a conspicuously vacuous impression. Composition takes second place to (maximum) expression achieved with a minimum of manœuvres and contacts with the paper. Lines, strokes and planes are conceived by pencil, pen, paintbrush and washes. Like Yin Yang, straight, jagged and fluid alternate with each other and keep each other in harmony. A vital link within her œuvre is Ma Balaçoire (My Swing), a (wall) installation in a exhibition dating from 2012 in the South Korea Korean Moonshin Museum (Changwon). The wall, bathes in layered and puffed up paper, connects the flat with the spatial. At the same time, in the same exhibition, several objects hang on barely visible threads and ‘conventionally’ framed drawings adorn the other museum walls.

While it is possible to just about distinguish little feet and thigh bones in the drawings, and while in the most recent photos the black lines and stripes turn out to be human hair, the dehumanising discernible in her floating ‘zeppelins’ is so  highly developed that completely new interpretations arise. Does the form have a long and sharp pointed protrusion ? ‘Swordfsh’ (‘or is it that crane after all ?’). Is the form rounder and lightly curved ? ‘A ray (observed from below)’. Numerous parallel lines ? ‘Whale baleens!’ The lightweight character hints at animal-like forms, which float freely (under water) or hover (in the air). To achieve such a lightness of foot, here too Ji-Yun falls back on her Korean origins, mimicking the lantern constructions with rice paper and steel wire. Neutral and yet meaningful. Light with an in intrinsic weight. Ji-Yun’s structures possess all the characteristics of opposed poles in harmony.

– Museum Rijswijk

 


Régis DurandSouffles I

Lorsque Ji-Yun photographie des corps dans des positions particulières, inspirées par des postures du yoga, soigneusement élaborées et cadrées, on a le sentiment d’une plasticité parfaite, presque abstraite du corps. Les « sculptures » que ces corps figurent alors dans l’espace de la photographie ont un caractère lisse et parfaitement exécuté qui en fait des sortes de hiéroglyphes. Seule la performance, que réalise l’artiste elle-même, nous permet de rattacher ces formes à l’ordre de l’animé.
Cette plasticité  a en effet quelque chose d’énigmatique et de troublant. Le visage disparaît, ainsi d’ailleurs que toute image identifiable d’un corps entier, pour ne laisser apparaître qu’une composition, dans laquelle les membres sont autant de signes  assemblés en une forme à la fois élégante et quelque peu monstrueuse. Dans des travaux récents, ces membres eux-mêmes disparaissent, à l’aide de divers artifices de mise en scène, pour ne plus laisser apparaître que l’écheveau d’une chevelure, réduite dans certains cas à quelques traits, une subtile calligraphie qui émerge à peine du fond blanc dans laquelle elle est noyée.
Ce sont les remarquables dessins de l’artiste qui nous aident, comme c’est souvent le cas, à pénétrer dans cette œuvre qui semble se dérober à nous. Certains de ces dessins sont des esquisses préparatoires des dispositifs utilisés pour la production des photographies. Mais beaucoup existent pour eux-mêmes, et permettent une plongée dans l’univers mental de Ji-Yun. On découvre alors un imaginaire dans lequel prolifèrent des corps monstrueux, le plus souvent dépourvus de membres (à l’exception de jambes ou de pieds qui semblent le seul lien de ces êtres étranges avec le monde extérieur). Il n’est pas impossible qu’il faille voir dans ces visions le souvenir laissé par sa fréquentation, dans son enfance, du monde de l’hôpital et des handicapés. Mais quelle qu’en soit la raison, Ji-Yun retrouve et réinvente ce corps sans organes qui hante les dessins et les écrits d’Antonin Artaud, et dont Gilles Deleuze et Félix Guattari ont donné les belles analyses que l’on sait (*). Ce qui nous frappe alors n’est pas tant le caractère grotesque et inquiétant de ces dessins, que leur pouvoir générateur. Ils sont l’envers de la « bonne forme », le lieu où prolifèrent les visions et les énergies les plus profondes.

– Régis Durand

* Gilles Deleuze et Félix Guattari, L’Anti-Œdipe—Capitalisme et schizophrénie, Editions de Minuit, 1972 (en particulier ch. 1 : « Les machines désirantes », p. 7-59)

 


Centre Culturel CoréenAile III

« Aile » illustre bien le processus du travail de Ji-Yun. Installé dans un caisson lumineux en posture du yoga, son corps apparaît comme une image frontale et équivoque, constamment maintenu à un degré de tension.

– Sang-A Chun / Centre Culturel Coréen

 

 


Ronde I - série de photos, 21x21cm, C-print, 2007Immix Galerie

Rondes, spirales, étoiles : c’est un travail sur la forme que semblent nous proposer les photographies de Ji-Yun, qui nous plongent dans le bain chorégraphies aquatiques d’Hollywood ( Esther Williams, Busby Berkeley ). Mais il y a autre chose. Coréenne, elle mène une recherche sur le signe et le corps: « l’inscription du corps dans l’espace photographique, dans le cadre, me préoccupe particulièrement. J’y vois un lien avec la calligraphie dans laquelle l’écriture doit s’inscrire dans un cadre carré et respecter un jeu d’équilibre subtil entre le plein et le vide ».

Rondes, spirales, étoiles : là encore, il faut y regarder à deux fois pour qu’une chorégraphie de corps dévoile ses ambiguïtés, pour que des spirales de chevelures nous retiennent captifs de leurs tentacules, pour qu’une coiffure apprêtée prenne vie et se mette à ramper comme un crabe. Malaise et beauté.

– Bruno Dubreuil / Immix galerie